Déceler le mensonge ne révèle pas forcément un menteur

Nadine touzeau

La notion de mensonge est souvent associé à la honte, le mal, une trahison, le mauvais, le méchant, etc. On considère le mensonge dans certaines cultures comme un sacrilège, dans d'autres comme un potentiel. Si certains pays le réprimandent, il n'est même pas remarqué dans d'autres.

Ce constat qu'imposent des cultures, des comportements ancestraux, des devoirs même pour certains remet en question la considération du mensonge : est-ce positif ou négatif ? Est-ce bien de mentir ou est-ce répréhensible !

Si nous commencions par donner une définition au mensonge, laquelle obtiendrions-nous ? Ce n'est pas une, mais une kyrielle de définition que nous recevrions selon la perception des uns, la compréhension des autres, les us de chacun. Bref d'aucun ne s'accordera à considérer le mensonge de la même façon. Alors pourquoi au travers du mensonge aimons-nous à chercher la vérité ! Là encore c'est subjectif si on considère que la vérité entière existe.

La détection du mensonge dans nos métiers de profiler n'est par forcément de révéler une vérité, voire de la faire avouer. C'est avant tout de comprendre pourquoi la personne a menti. La grande majorité des mensonges cachent en fait bien autre chose qu'un non à la place d'un oui par exemple. C’est nettement plus nuancé.

Un silence peut être considéré comme une forme de mensonge et révéler par exemple un lourd secret, un pacte, une peur. Tout comme ne pas dire exactement ce que l'on pense, ce qui s'est passé, faire semblant d'oublier, etc. Ces comportements sont considérés par certains comme un mensonge alors qu'ils ne peuvent être qu'un gène, un oubli, une frayeur qui cache quelque chose de bien souvent plus lourd et profond que ce que ces personnes tentent de masquer.

Les techniques de révéler le signe considéré comme mensonge, dont le leader reconnu scientifiquement au monde reste Paul Ekman, ont aussi pour objectif de faire avouer : soit verbalement ce qui est assez rare, soit par le comportement. Le corps ne mentant jamais, des expressions et micro-expressions permettront de déceler un signe lors d’un silence, une incongruence sur des mots prononcés. Cela révélera une forme de vérité qui sera exploitée afin d'aller jusqu'à l'objectif. Le travail bien fait fera avouer la personne sans trop d'efforts et surtout rapidement. Mais elle n'avouera que sa propre vérité qu'il faudra contrôler.

Pas plus qu'il n'y a de vérité unique, il n'a pas un seul mensonge. Ce postulat autorise à estimer que tout le monde ment. Le contexte fera l'importance du mensonge.

Nadine TOUZEAU

Profiler, net-profiler, chercheur en comportement des cybercriminels

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