e-harceleur

Nadine Touzeau : quelques exemples de comportement entre réel et virtuel des cybercriminels

On ne peut répondre à cette question en un article pour les raisons suivantes. L'une d'elles étant que nous parlons de personnes, d'humain, d'individu, et qu'en l'occurrence, le sujet est complexe et unique comme chaque être humain. Une autre raison est qu'il s'agit de ces mêmes êtres humains cachés dans un monde virtuel.

De fait, le comportemental et profil dans le monde réel peut très bien s'appliquer dans le monde réel, la différence considérable est qu'on ne peut faire un profil et donc déceler des comportements dans le virtuel comme dans le réel.

Une personne dans le monde réel peut se montrer avenante, gentille, sans signe apparent de malhonnêteté, discrète, peut être attentionnée, sensible même, ayant un emploi, une petite amie, un animal de compagnie, un logement, et être un white hat (soit cybercriminel de type blanc) soutenant une organisation sévissant dans le darkweb pour voler des données voire escroquer des personnes (cyberattaques de type phishing par exemple) .

Tout comme on ne peut soupçonner cette gentille adolescente qui travaille à l'école, à une vie sociale épanouie, fait du sport, ne donne pas de souci à ses parents et qui harcèle une inconnue avec son groupe d'amies sur Facebook (entre white et grey hat, soit cybercriminel de type blanc ou gris) pouvant avoir un acte vengeur.

Dans ces deux profils cités, est ce que dans la vie réelle ces deux personnes agiraient de la même manière pour effectuer leur méfait. Peu probablement et en fait même rarement.

Pour autant, nous devons considérer que statistiquement les personnes agissant dans le web sont des anciens délinquants du monde réel. L'écran autorise de nombreuses actions que le réel ne permet pas.

Le simple fait de se sécuriser : pour agir dans le réel on opte pour un comportement protecteur et vérifie toutes ses zones de confort afin de se sécuriser et faire réussir son méfaits. Sauf les délits par impulsions, encore que quelques contrôles sécuritaires sont effectués.

Dans le virtuel, on se sent cacher derrière son écran dans une zone que l'on s'est créé que j'ai nommé « zone transverse », Cette zone autorise un relâchement et une assurance sécuritaire puisque seul l'objet connecté ou son lieu de « travail » fait partie intégrante de ce qu'on fait sans être repéré. Une facilité qui décuple d'autant les actes qui ne sauraient être commis ainsi dans le réel.

 

Nadine TOUZEAU
Profiler, net-profiler, chercheur en comportement des cybercriminels
Membre ACFE USA, ASIS France et CEFCYS

Tweeter serait-il devenu un déversoir de conflits ! par Nadine Touzeau

 

Je l'ai constaté à mes dépens, les tweets sont de plus en plus agressifs et décalés de l'essence du sujet. C'est un constat généralisé de nombreuses personnes ayant vécu des injures, insultes, diffamations, cyberbuyllings de tweeteurs.  La grande majorité des victimes telles que moi-même ont purement et simplement fermé leur compte face à la politique peu sécurisée et sérieuse de ce réseau social.

S'agissant de cybercriminalité, j'ai souhaité réétudier le comportement de ces cyberdélinquants afin de revérifier mes propres travaux de recherche sur le comportement des cybercriminels (dont une grande partie sont écrits dans mon livre : « Net-profiling : analyse comportementale des cybercriminels »). Si je n'ai pas à revoir mes travaux en revanche j'ai à ajouter les éléments suivants qui méritent, je le suggère, un fort questionnement auprès de spécialistes psychologues et psychiatres.

Les propos injurieux démarrent le plus souvent sur un mot, un nom, un titre, un extrait de textes sortis de son contexte ou réveillant chez le tweeteur un besoin d'expurger un conflit larvé ou pas. Les propos déplacés peuvent démarrer assez calmement ou de façon virulente.

Du fait que ce réseau social autorise 140 caractères à écrire et que les X caractères nécessaires pour indiquer le nom de la victime et du copain dans la twitosphère qui va activer et suivre le lanceur d'injures, la place aux caractères devient limitée. Ainsi, les tweets sont mal écrits, prolifiques et limités en message à faire passer. La profusion de messages relayés et commentés par les twetteurs suiveurs du lanceur de message diffamant, devient très vite difficile à suivre d'autant que le contenu s'écarte encore plus du sujet de départ, mais pas de la victime qui est toujours impliquée dans le processus de dilapidation verbale.

C'est clairement du cyberbuylling, soit répréhensible par la loi. Les jugements de valeurs vont bon train et tout est fait pour rabaisser la victime à tout prix. J'ai remarqué que le rythme était très nettement plus soutenu le soir et surtout le week-end. Les twetteurs ont un compte rarement avec une photo nette d'eux-mêmes ou affichent leur réel profil à se valoriser de certaines positions. Les hommes usent plus d'agressivités et violences verbales que les femmes. Quant à elles, elles se montrent moins réfléchies et plus sournoises.  

En comportement, globalement, j'ai décelé les éléments suivants :

  • Une croyance aveugle en des éléments sans questionner la personne concernée, sans réfléchir, sans analyser, sans vérifier. Le tweet est direct et sans excuse, ni possibilité d'échange. Ces tweeteurs sont orientés et dénués de capacité à se remettre en question, à ouvrir leur esprit... ou payer pour harceler sur internet des personnes, ou toucher dans un affectif qui les empêche de réfléchir.
  • L'utilisation de mots violents est décalée avec le contexte de départ qui me fait penser que ces tweeteurs sont mal dans leur peau ou ont un besoin de se défouler de conflit larvé, élément négatif vécu.
  • Le rythme effréné engendrant des suiveurs implique qu'ils le font fréquemment, voire régulièrement et que la cible change ou  tourne avec d'autres sujets ou personnes à haïr, pour alimenter leur haine, peur, colère, jalousie, ...
  • Les propos tenus montrent surtout un grand manque d'éducation et de respect envers l'humain. Ils ne supporteraient pas le quart s'ils subissaient ou leurs proches de ce qu'eux-mêmes font.
  • Le temps a oeuvré à critiquer la personne dure longtemps et ne s'arrête qu'une fois que les tweetteurs ont épuisé toutes leurs ressources pour démonter leur victime. Un feu de paille et ça repart.
  • Ils tournent à deux ou trois cyberbuyllers pour relayer et alimenter les rumeurs. Comme ils brassent beaucoup, ils sont lus par de nombreuses personnes qui peuvent en rire ou au contraire s'y intéresser quant à eux objectivement. Ces e-harceleurs s'imaginent de fait être populaire. Leur réseau est souvent empli de personnes cherchant des informations décalées que ces cyberbuyllers vont dénicher.
  • Dans la vraie vie, ils calment leur ardeur, cachent leur jeu d'être de véritables personnes haineuses et malveillantes sur les réseaux sociaux. Ils en parlent ceci-dit entre eux ou à d'autres comme on déguenille un personnage dans un jeu vidéo.
  • Ils se considèrent comme des justiciers en informant des éléments justes, des causes à défendre, des idées ou personnes à combattre. Ils ne se voient pas malveillants, ne se sentent pas e-harceleurs, se considèrent hautement et estiment avoir accompli des missions justes et saines
  • Ils pourraient être les premiers à pleurer, critiquer, défendre une victime non dans leur réseau de cyberbuylling dont les actes auraient été commis différemment sur la forme.
  • ETC.

Ces détails sont ajoutés à mes travaux afin de développer encore plus la connaissance et compréhension des cyberbuyllers sur le réseau social tweeter. Un magma de gazouillis qui n'a rien à envier à un cabinet de psychiatre !

Un déballage de conflit larvé, colère, jalousie, peur, bêtise en public en se considérant des justiciers des temps modernes, des humoristes du web, des vengeurs sur la toile... Une crise sociétale à prendre en compte et à soigner ! Mais aussi un univers qui fera fuir les personnes bienveillantes.

Pour finir et par ce que je m'attends à ce que des twetteurs se déchainent sur mon article et surtout ma personne, je vous fais partager une de mes phrases préférées d'un de mes auteurs préférés, soit Victor Hugo : « Que l'on parle de moi en bien ou en mal, peu importe, l'essentiel c'est que l'on parle de moi ! » (citation accordée à tort à Léon Zitrone). A méditer.

Nadine Touzeau

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